vendredi 16 janvier 2009

Île déserte

Petit jeu volé ici.



Salut. Je m'appelle Mathieu, j'ai treize ans et j'ai un frère.
Avant, j'en avais deux.
François et Laurent, onze et neuf ans. Je suis l'aîné, mais ça ne m'a jamais vraiment dérangé. On s'entendait tout de même bien, tous les trois, même si on se chicanait. Moi moins, eux souvent, mais c'est ainsi. On s'aimait comme ça.
La dernière fois que j'ai vu Laurent, il partait le matin pour l'école avec François. L'école primaire est à cinq minutes de marche, alors, pas de quoi utiliser un autobus scolaire. Le secondaire est un peu plus loin, mais bon, on vit avec ce qu'on a. Tous les matins, ils marchaient ensemble, sans vraiment faire attention. De toute façon, des enfants, il y a toujours beaucoup, dans ce coin. Quoique peut-être pas assez, vu qu'en traversant la rue, mon frère a été fauché par une automobile.
On ne comprend toujours pas. Le conducteur non plus. Il voulait s'allumer une cigarette, mais son briquet était tombé sur la moquette. Le temps de le rattraper et il frappait un enfant de neuf ans qui ne regardait jamais en traversant la rue, assuré qu'il pouvait s'en tirer, sur les passages piétonniers en zone scolaire. Faut croire que la signalisation, ce n'est pas tout.
Quand on dit que fumer, c'est tuer, c'est encore loin de la réalité.
Sa chambre est à côté de la mienne. Maman n'a pas voulu toucher tout ce qui se trouvait dedans et la porte restée fermée, fermée sur mon petit frère. Jamais personne n'y entre. Je crois que personne n'a vraiment compris qu'il ne reviendra jamais. C'est tellement dur, fort, soudain, impossible. Ça n'arrive qu'aux autres, qu'on se dit, et quand l'autre c'est nous, on ne comprend plus.
Hier, j'ai ouvert la porte de sa chambre. Pas trop grande, pas trop petite. Avec les murs bleus, comme ceux des garçons. Des affiches de sportifs, un trophée d'hockey, une paire d'espadrilles délaissées dans un coin. Le lit n'est pas fait. Il ne le faisait jamais, il aimait dire qu'ainsi, les couvertures conservaient la chaleur du matin jusqu'au soir.
C'était étrange. C'était comme tout vide, comme abandonné. On aurait dit qu'il allait revenir dans peu de temps, prendre ses espadrilles pour son soccer du soir, son chandail chaud pour aller jouer dehors. Aussi, on aurait dit que tout avait toujours été comme ça. Comme si on ouvrait la porte sur une statue. On n'imagine pas qu'elle a déjà été un bloc de pierre, on ne voit que la statue. Elle était comme ça, sa chambre : vide, non pas comme abandonnée, mais plutôt comme... comme intouchée. Comme si personne n'y avait jamais vécu, que le lit avait toujours été défait.
On aurait dit une île déserte.



lonely day - system of a down

3 commentaires:

La bête a dit…

Wow! Triste, touchant et bien pensé.

eclosiononirique a dit…

Oh my god, j'ai la gorge toute serrée...

dean a dit…

Ouep, j'adore. :)