samedi 20 décembre 2008

L'enseignant

J'aimerais trouver un moyen d'envoyer l'adresse de mon blogue à mon professeur de Français, secondaire cinq.

J'ai beaucoup aimé cet enseignant, cet iracisble professeur. Comme j'en avais entendu, des choses, sur lui ! Des mots haineux de la part d'anciens élèves, comme si le diable en personne enseignait à la polyvalente. Quand je suis entrée dans sa classe, j'étais donc pleine d'attentes. Je voulais savoir s'il était aussi horrible qu'on le prétendait. Même une de mes proches amies, excellente en Français, ne l'avait point aimé. Pas du tout, même. C'est qu'il devait être particulier, pour être ainsi détesté.
Fendant, il sait qu'il est meilleur que tous ses élèves. Autoritaire, il est le patron et en profite. Susceptible, il ne faut pas grand chose pour se mériter sa colère et ses moqueries.
Je l'ai adoré. Et je peux, sans prétention, dire que lui aussi.
Il est totalement le genre d'enseignant que j'aime et que j'aimerais être, si un jour j'ose me plonger dans le milieu de l'enseignement. Il prend sa place et nous montre la nôtre. Bien sûr, je n'étais pas toujours en accord avec lui, mais c'est sans doute cela qui rendait meilleure notre relation.
Je l'ai impressionné dès le début en lui remettant une composition dans laquelle il ignorait certains mots employés. Je terminais tous les exercices donnés en avance, n'écoutais résolument pas quand il parlait, lisais mes livres en classe sans me formaliser des choses à exécuter. Il me confondait sans cesse avec Chevreuil et préférait nous mettre les mêmes notes, à nos travaux, histoire de ne pas se mélanger. Chevreuil, avec qui je passais mon temps à rire. De quoi faire voir la vie en noir à n'importe quel enseignant.
Tout changeait, pourtant. J'étais la seule à avoir positivement critiqué Bonheur d'occasion, de Gabrielle Roy. Un livre imposé, mais excellent. J'ai écrit un texte, pour mon cours d'Éducation Économique, mon enseignant le lui avait transmis et il l'a complimenté lors d'une réunion de professeurs. Dans mon album de finissants, il a écrit que j'avais les compétences nécessaires pour une carrière en littérature. J'aimais l'école, j'étais polie, mais j'avais du mordant, j'étais un peu comme lui. Décalée dans une classe de jeunes déjà blasés de la vie, toujours prête à apprendre et à montrer ma valeur.

Quand Frère Parfait est arrivé dans sa classe et qu'il a lu le nom de famille, l'enseignant a crû rencontrer le digne descendant de ma personne. Un rêve, pour lui.
Mon frère se savait perdu, lui qui déteste la lecture, le français et même l'école en général.

Maintenant, quand on se voit, il se donne le titre d'enseignant favori. Oh, il ne se trompe pas. Il est un de ceux que j'ai préférés, un de ceux qui ont influencé mes choix. À chaque fois que je m'interroge sur mon avenir, je pense à ce qu'il a écrit : une carrière en littérature, moi ? Comment sait-il que j'ai toujours rêvé d'écrire ?
Mon ancien directeur dit qu'il a connu L'élève, celle que tout enseignant rêve de rencontrer : celle qui aime réellement ce qu'il enseigne, se passionne pour cela et lui ressemble. Qu'il en a rencontré une et qu'il s'en souviendra probablement longtemps, surtout en enseignant à ceux qui me suivent. C'est plus qu'un compliment, pour moi.

Faut vraiment que je lui envoie cette adresse, nom de Dieu.



liar - taking back sunday

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